Dimanche 7 janvier
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11:55
Pendant quelques temps, je n’ai pas éprouvé le moindre désir d’avoir des relations sexuelles avec quiconque. J’avais eu largement mon compte… Je savais que le désir reviendrait, un jour ou l’autre, et qu’il ne serait pas difficile de le satisfaire. Le seul vrai regret que j’avais, c’était d’avoir perdu Djamila. La petite pute kabyle par qui tout était arrivé me manquait terriblement. Elle était ma grande sœur, mon amie intime, la seule qui comptait pour moi. Pour tout dire, je l’aimais. Et l’absence d’elle était un manque terrible. Bien sûr, je savais où la trouver, sur ce bout de trottoir où je l’avais rencontrée, que nous arpentions tous les deux. Mais j’avais peur d’y retourner, et de retomber dans les filets de Blacky. Au-delà du fait que je n’avais pas tellement envie de revivre un autre « stage », j’avais surtout peur que ça ne dégénère, qu’il me mette définitivement la main dessus, que je sois réduite à l’état d’esclave travaillant pour lui, comme Djamila. Elle, je l’aimais, je l’estimais aussi. Je ne la jugeais pas. Elle assumait sa vie de putain avec courage. Mais je n’avais vraiment pas envie de suivre sa destinée. Jouer à la pute d’occasion, oui. Vivre cette vie d’esclavage sexuel, non. J’avais même entendu parler de filles expédiées au Sénégal pour abattage…
J’ai longtemps tergiversé. Mais le désir de revoir ma vieille amie/amante me tenaillait… Je suis retournée dans le quartier qui nous était si familier, en prenant d’infinies précautions pour ne pas croiser le chemin de Blacky ou de l’un de ses acolytes toujours en embuscade pour surveiller leur « cheptel ». Elle ne semblait plus être là. Avait-elle été envoyée en « punition » ? Enfin, après plusieurs tentatives infructueuses, je l’ai enfin aperçue au loin. Mon cœur battait, mais je ne me suis pas précipitée vers elle. J’ai soigneusement exploré les environs pour voir si un mac ou un indic ne traînait pas dans le coin. Je me suis approchée. Quant elle m’a aperçue, elle a eu un éclair de joie dans le regard, puis tout de suite un mouvement de recul. Elle aussi se méfiait de l’environnement. Puis, apparemment rassurée, elle me dit dans un souffle « vite, filons à l’hotel, là nous serons tranquilles ». Je l’y ai suivie avec joie. A l’abri dans notre petite chambre, impersonnelle comme dans tous les hotels miteux du quartier, mais qui évoquaient tant de souvenirs, nous nous sommes étroitement enlacées. Nous avons pleuré. Nous nous sommes embrassées, tendrement comme deux amies, fougueusement comme deux amantes.
On s’est allongées sur le lit et, dans les bras l’une de l’autre, nous avons parlé, longtemps. Je lui avais raconté ma fuite, la vie plus calme que je m’étais organisée dans un autre quartier de la ville, le boulot que j’avais repris. Elle m’a raconté la fureur de Blacky, fureur qu’il avait retourné contre elle. Il l’avait battue pour passer ses nerfs, battue encore pour savoir où j’étais passée. Elle devait bien le savoir, puisque j’étais sa copine…
Et pour finir, pour la punir, il l’avait de nouveau mise en « rééducation ». Elle avait été férocement violée par lui et sa bande de blacks. J’étais désolée de ce qui lui était arrivé à cause de moi, désespérée. Et c’est elle, forte malgré ses malheures, qui m’a consolée, qui m’a rassurée. Non, elle ne m’en voulait pas, non ce n’était pas de ma faute… Djamila a séché mes larmes, m’a embrassée, m’a soufflé à l’oreille « viens dans le lit, on sera mieux ». Elle m’a aidée à me déshabillée, puis s’est glissée nue tout contre moi. On a fait l’amour comme autrefois, tendrement comme seules des filles savent le faire, puis nous avons dormi de longues heures, collées l’une à l’autre…
J’ai longtemps tergiversé. Mais le désir de revoir ma vieille amie/amante me tenaillait… Je suis retournée dans le quartier qui nous était si familier, en prenant d’infinies précautions pour ne pas croiser le chemin de Blacky ou de l’un de ses acolytes toujours en embuscade pour surveiller leur « cheptel ». Elle ne semblait plus être là. Avait-elle été envoyée en « punition » ? Enfin, après plusieurs tentatives infructueuses, je l’ai enfin aperçue au loin. Mon cœur battait, mais je ne me suis pas précipitée vers elle. J’ai soigneusement exploré les environs pour voir si un mac ou un indic ne traînait pas dans le coin. Je me suis approchée. Quant elle m’a aperçue, elle a eu un éclair de joie dans le regard, puis tout de suite un mouvement de recul. Elle aussi se méfiait de l’environnement. Puis, apparemment rassurée, elle me dit dans un souffle « vite, filons à l’hotel, là nous serons tranquilles ». Je l’y ai suivie avec joie. A l’abri dans notre petite chambre, impersonnelle comme dans tous les hotels miteux du quartier, mais qui évoquaient tant de souvenirs, nous nous sommes étroitement enlacées. Nous avons pleuré. Nous nous sommes embrassées, tendrement comme deux amies, fougueusement comme deux amantes.
On s’est allongées sur le lit et, dans les bras l’une de l’autre, nous avons parlé, longtemps. Je lui avais raconté ma fuite, la vie plus calme que je m’étais organisée dans un autre quartier de la ville, le boulot que j’avais repris. Elle m’a raconté la fureur de Blacky, fureur qu’il avait retourné contre elle. Il l’avait battue pour passer ses nerfs, battue encore pour savoir où j’étais passée. Elle devait bien le savoir, puisque j’étais sa copine…
Et pour finir, pour la punir, il l’avait de nouveau mise en « rééducation ». Elle avait été férocement violée par lui et sa bande de blacks. J’étais désolée de ce qui lui était arrivé à cause de moi, désespérée. Et c’est elle, forte malgré ses malheures, qui m’a consolée, qui m’a rassurée. Non, elle ne m’en voulait pas, non ce n’était pas de ma faute… Djamila a séché mes larmes, m’a embrassée, m’a soufflé à l’oreille « viens dans le lit, on sera mieux ». Elle m’a aidée à me déshabillée, puis s’est glissée nue tout contre moi. On a fait l’amour comme autrefois, tendrement comme seules des filles savent le faire, puis nous avons dormi de longues heures, collées l’une à l’autre…

Après avoir subi la terrible épreuve du « stage » que j’avais accepté, et m’être enfuie de chez Blacky, je me suis tenue tranquille pendant quelques mois. Cette fois, j’avais eu largement mon compte pour un moment. J’avais mis beaucoup de temps à me remettre physiquement de la dureté de l’épreuve. Longtemps, mes seins et mon anus étaient restés douloureux, me rappellant sans cesse ce qu’ils avaient subi. Les traces de coups de ceinture sur les fesses et les bleus un peu partout sur mon corps s’estompaient trop lentement. Mais surtout le souvenir de ce que j’avais dû vivre ne quittait pas ma tête. C’était comme si ça avait encore lieu, en permanence, presque jour et nuit. Une sensation forte, permanente, insistante… Je ressassais sans cesse ces terribles journées. Je me traitais de tous les noms. De folle, d’hystérique, d’imbécile. Comment avais-je pu accepter ce viol collectif, cette brutalité, cette violence ? Pire : je l’avais désiré. Je n’avais qu’à m’en prendre à moi-même. Je ne pouvais même pas en vouloir à Blacky. Il s’était comporté comme un salaud total. Mais j’avais largement été prévenue par Djamila, je l’avais bien cherché, je l’avais voulu… Je ne cessais pas d’être étonnée par ce désir d’être rabaissée au plus bas qu’on puisse imaginer. Sans doute j’en avais eu besoin, pour aller au tréfonds de moi-même, pour me connaître, me reconnaître, savoir qui j’étais vraiment… ça avait été une catharsis nécessaire, quel que soit le prix que j’avais dû la payer, pour être moi, vraiment moi. Beaucoup seront tentés de me plaindre, d’autres de détourner le regard d’un air dégoûté. Je m’en fous. J’assume… Quelques-uns, sans doute très rares, sauront me comprendre, comprendre ma démarche, parce qu’elle était vitale… Parce que l’estime de soi ne passe pas forcément par des brevets de civisme ou de morale. Ceux-là me comprennent, et sont mes frères –et mes sœurs !- Les autres… n’existent pas pour moi.
Vous êtes toujours nombreux à m'envoyer des mails pour me faire part de vos réflexions, que je livre ici par petits paquets.
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